Tunisie, cher pays de mon enfance.

Depuis la révolution du 14 janvier 2010, je n’ai pas réagi sur la situation en Tunisie volontairement et ai préféré me rendre sur place (14 – 18 juin 2011) avant de rédiger cet article. Ayant passé 7 ans de mon enfance à Bizerte ou Benzart (ville située à la pointe nord de la Tunisie) il me tient à cœur de m’exprimer sur ce “doux” pays agité par une révolution qui fait désormais partie de l’histoire de la Tunisie.

Pour ma part je suis contre le terme de révolution du jasmin pour 2 raisons :

– l’expression renvoie à la prise du pouvoir par Ben Ali en 1987

– le parfum des fleurs du jasmin ne convient pas au deuil : deux à trois-cents citoyens tunisiens ont été victimes de la révolution.Le calme est revenu avec une relative stabilité

Dés mon arrivée à l’aéroport, direction l’avenue Habib Bourguiba du nom du père fondateur de l’indépendance tunisienne en 1957. Il fit de la Tunisie un pays moderne et ouvert avec notamment le droit donnée aux femmes tunisiennes d’avorter et ceci avant la France.

Cette avenue est la principale artère de Tunis. Elle file en ligne droite le long des cafés et commerces avant de buter place de l’indépendance où la statue d’ibn Khaldoun, considéré comme précurseur de la sociologie moderne, fait face à la cathédrale Saint Vincent de Paul.

Les pillages, violences, et règlements de compte orchestrés par des voyous et prisonniers (plus de 15 000 libérés par le clan Ben Ali) sont de l’histoire ancienne. Sur l’avenue, le calme est revenu mais l’activité commerciale tourne au ralenti.

Nous sommes décidés à mener la révolution jusqu’au bout

De la Goulettte à l’avenue Bourguiba en passant par la Marsa, j’ai échangé avec les tunisiens et tunisiennes sur les sujets tels que la dictature, la démocratie, la révolution et l’avenir de la Tunisie. Quel parti ? Quelle constitution ? Quel régime politique ? Quel mode de scrutin ? Quelles institutions ? Quelles coalitions ? autant de questions qui hantent l’esprit des citoyens après la chute de Ben Ali.

La liberté et le droit de penser sont plus que jamais présents et inversement proportionnel aux 23 années de dictature.

J’ai ressenti une détermination d’aller de l’avant et de relever tous les défis : Économique, Politique, Sécurité, Tourisme, Jeunesse et Emploi.


Élections du 23 octobre 2011 : prochain RDV avec l’histoire

Après plusieurs semaines d’un vif débat sur la date du scrutin, les premières élections de l’après Ben Ali auront lieu le 23 octobre, et non le 24 juillet, comme cela était initialement prévu. Ce changement de date vise à garantir la transparence et la crédibilité du scrutin. Pour rappel et selon Wikipédia, on peut définir la constitution de la manière suivante: « C’est un texte qui fixe l’organisation et le fonctionnement d’un Etat. La constitution est à la fois l’acte politique à valeur juridique et la loi fondamentale qui unit et régit de manière organisée et hiérarchisée l’ensemble des rapports entre gouvernants et gouvernés au sein de cet État. La constitution garantit les droits et les libertés de la communauté humaine concernée. Elle limite également le pouvoir ».

La date des prochaines élections, présidentielle et autres, sera décidée après le vote du 23 octobre. L’adoption d’une nouvelle constitution devrait permettre à la Tunisie, de se doter d’un État de droit dans le délais le plus court possible. Ainsi, la voie en de la Deuxième République Tunisienne semble toute tracée, en ce sens où tout changement de la Constitution et l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC) donnent automatiquement lieu à l’avènement d’un nouveau régime, c’est-à-dire une nouvelle République.

Cap des 100 partis bientôt franchi

Les grandes formations, comme l’influent mouvement islamiste Ennahda – crédité actuellement d’au moins 20% de vote – ou encore le Parti démocratique progressiste (PDP), ont finalement accepté le report. Cela pourrai être profitable aux petits partis, qui voient dans ce nouveau délai une occasion de mieux faire campagne auprès des citoyens tunisiens.

Selon le site www.leaders.com.tn, au 24 juin 2011, la Tunisie comptait 94 partis, dont 86 ont vu le jour au lendemain du 14 janvier 2011. Dans quelques jours, ils seront plus nombreux devant être légalisés incessamment alors que 31 demandes sont encore à l’étude. Par contre 118 demandes ont été refusées conformément aux articles 3, 6 et 11 de la loi sur les partis (programmes et dénominations présentant trop de similitudes avec des partis existants, partis prônant la violence, la haine raciale ou d’essence religieuse ou régionaliste, dossiers incomplets etc).

Les expatriés Tunisiens : la Tunisie a besoin de vous maintenant !

Les tunisiens résidant à l’étranger représentent 10% de la population. Leurs transferts représentent 5 % du PIB et 22,7 % de l’épargne nationale, occupant l’un des quatre premiers secteurs pourvoyeurs de devises. Les entrées et les apports en devises des Tunisiens expatriés vont enregistrer cette année une baisse à cause de la perception de situation sécuritaire dans le pays…même si je n’ai pas du tout ressenti le sentiment d’insécurité. Attention au tapage des médias étrangers !

Les voyagistes européens sont pessimistes et ils ont préféré remplacer la destination de la Tunisie par les îles Canaries, le Maroc ou la Turquie. L’année touristique 2011 est ainsi compromise en Tunisie.

Selon des statistiques publiées par l’Office des tunisiens à l’étranger (Ote), les réservations de retour de nos compatriotes expatriés durant les vacances d’été ont baissé de 20%.

Comment reprocher aux touristes étrangers de bouder la Tunisie quand ce sont les Tunisiens résidant à l’étranger qui, cette année, rechignent à rentrer au pays ?

Réservez vos vacances et soutenez la Tunisie !

Il faut absolument que les amis de la Tunisie se mobilisent et participent au changement économique et politique du pays courageusement mené par les Tunisiens depuis le 14 janvier 2011.

Moezz sedkaoui.