Implants et prothèses dentaires en France : Pourquoi est-ce aussi cher ?

A une époque où il faut paraître performant et séduisant le plus longtemps possible, les blessés du sourire sont prêts à tout pour retrouver une dentition irréprochable. Les Français consacrent près de 7 milliards d’Euros à soigner leurs dents – un tiers payé de leur poche, un tiers par leur mutuelle et un petit tiers par la Sécurité sociale, qui, d’habitude, rembourse les trois quarts des soins.

Avoir de belles dents n’est plus seulement un critère de bonne santé, c’est devenu un symbole de réussite, une exigence sociale, un signe extérieur de richesse. La bouche est désormais une bijouterie ambulante, un coffre-fort où on injecte des fortunes. Des vacances aux Baléares, des appartements, des voitures, tout y passe.

Pourquoi les prothèses dentaires et les implants sont-ils si coûteux en France ? Comment en est-on arrivé à un tel retard par rapport à nos voisins européens ?

Il faut savoir que la pose de prothèses, qui ne représente que 30% de l’activité des dentistes, assure 70% de leurs revenus. C’est l’inverse dans les pays scandinaves. Pour faire tourner sa boutique, un dentiste Français doit gagner 150 € de l’heure. Or il met plus d’une heure à faire un «gros» plombage codifié à moins de 45 €. La même intervention vaut 140 € en Italie et 120 € en Allemagne. Pour ne pas mettre la clef sous la porte, les praticiens se rattrapent sur les prothèses: ils facturent en moyenne une couronne 700 €, remboursée 80 € par la Sécu.

Ce deal tacite dure depuis vingt ans: les praticiens fixent eux-mêmes leurs tarifs de prothèses, et la Sécu fait des économies. Chacun y trouve son compte. Sauf le patient, qui paie les pots cassés: un Français sur cinq renonce à se faire soigner les dents faute d’argent, selon le Centre de recherche, d’étude et de documentation en économie de la santé (Credes).

En ce qui concerne la pose d’implants, la France reste en retard par rapport à ses voisins européens, en effet les Français ont deux à trois fois moins recours aux implants que les Italiens, car ils ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale. Du coup, les personnes âgées restent condamnées aux dentiers – un quart des 65-74 ans ont entre 27 et 32 dents manquantes.

Les dentistes se défendent en invoquant à juste titre des frais fixes énormes et du matériel ultramoderne qui coûte cher. Ils accusent aussi bien souvent les prothésistes, mais ceux-ci rétorquent qu’ils facturent une couronne moins de 120 € aux dentistes. C’est 30% moins cher qu’il y a dix ans, mais, comme on le voit, cette baisse est loin d’être répercutée sur la facture du patient – qui, d’ailleurs, varie du simple au double selon les régions.

Depuis l’amendement Evin voté en 1998, ils doivent établir un devis détaillé. Beaucoup ne le font pas. Il existe une nouvelle génération de dentistes qui vont jusqu’à refuser de prodiguer des soins peu rentables pour se consacrer exclusivement aux implants et aux prothèses.

Des prix prohibitifs, des patients soignés à deux vitesses, des dentistes qui se disent mal honorés: la situation des soins dentaires en France est à la croisée des chemins…