Les vrais prix de la santé du système Français.

« C’est gratuit », « Il n’y a rien à payer »… quand on parle de santé en France, on a l’impression que ça ne coûte rien ou presque. Passer un scanner, subir une opération des amygdales ou de la hanche est fréquent et tout le monde y a droit quels que soient ses moyens. L’hôpital ne demande aux patients de s’acquitter que du forfait journalier de 18 € et de 91 € en cas d’opération. Pour la plupart, cette somme est même remboursée par leur organisme de mutuelle ou les complémentaires santé. Pour les autres, c’est bien souvent l’Etat au travers de la couverture maladie universelle (CMU) qui prend en charge ces frais intégralement.

Des opérations très coûteuses

Et pourtant tous ces actes ont un coût et pas des moindres, car, entre ce qui est demandé aux patients et le vrai coût des soins, les différences sont surprenantes. Ainsi une banale opération de l’appendicite coûte 6.200 €, l’ablation des amygdales et des végétations, très fréquente chez les enfants, s’élève à 2.500 €. Des sommes largement dépassées pour des opérations plus lourdes comme la pose d’une prothèse de hanche, qui revient à 8.000 €, ou une greffe de cœur, qui approche les 50.000 €. De même, une journée dans un service de psychiatrie fermé approche les 1.000 € et une journée en réanimation s’élève à 2.550 €.

Au total, l’ensemble des dépenses de santé en France en 2009 – incluant les soins à l’hôpital, les consultations chez le médecin ou le dentiste, les analyses médicales ainsi que l’achat des lunettes ou de médicaments – s’élève à 175,7 milliards d’euros. Mais alors, qui paye ce prix ? C’est la Sécurité sociale à 75,5 %. Le reste étant pris en charge par les complémentaires santé comme les mutuelles ou les sociétés d’assurances ainsi que par les ménages.

23 milliards de déficit

Une prise en charge importante qui explique en partie le déficit abyssal de la Sécurité sociale, qui ne cesse de se creuser depuis des années et qu’aucun gouvernement n’arrive à endiguer. Il atteint cette année plus de 23 milliards d’euros et devrait se creuser de 5 milliards supplémentaires si rien n’est fait. Face à cela, le ministère du Budget a annoncé un certain nombre de mesures destinées à le réduire et il espère dégager 2,5 milliards d’économies d’ici l’année prochaine.

Pour Lucien Bennatan, président du groupement de pharmaciens PHR qui représente 10 % de la profession, la Sécu devra impérativement changer dans les prochaines années. « A terme, la Sécu deviendra le RMI de la santé. Elle ne sera là que pour les maladies lourdes et se désengagera de pathologies plus légères. Elle ne remboursera plus les traitements liés par exemple au rhume ou à la gastro et demandera aux patients d’avoir une complémentaire santé. En clair les Français devront payer plus. Ceux qui ne le pourront pas seront aidés par l’Etat mais les autres vont forcément voir leurs cotisations augmenter. »

Étrangement, alors que tout le débat porte sur les déficits, il est étonnant que la plupart des Français ignorent le coût réel des actes médicaux mais également que les autorités ne fassent pas de travail pédagogique.

Source : Romain Katchadourian, Francesoir.fr